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Open science

Ressources et outils numériques en libre accès

La science ouverte, une science de libre accès

Le mouvement de « l’Open » ne cesse de prendre de l’ampleur de jour en jour. En témoigne le grand nombre de ressources et outils numériques qui font leur apparition et qui sont accessibles en libre accès et gratuitement par les internautes. Il devient donc nécessaire de pouvoir se repérer à travers ce nombre sans cesse grandissant d’outils et de services.

C’est pour permettre à la communauté de chercheurs et d’apprenants de disposer d’une documentation sur les outils et ressources numériques indispensables pour la recherche et l’éducation que le présent article a été publié. Il est le premier d’une série de plusieurs articles qui aborderont chacun un type de ressource ou outil numérique de travail.

Le problème

Mémoires de fin de formation, thèses, articles scientifiques, travaux de recherches ; voilà autant de tâches que les étudiants et chercheurs mènent le plus souvent dans un but professionnel ou académique. Certains utilisent différents types d’outils pour faciliter, ou du moins pour optimiser l’exécution de ces tâches. D’autres encore font recours à des travaux existants, des bases de données disponibles afin de réaliser leur travail.

Toutefois, il y a un grand nombre d’apprenants ou de chercheurs qui n’utilisent pas ou n’ont pas connaissance de ces outils et ressources numériques. Pour d’autres encore, les outils et ressources connus sont le plus souvent payants ou en accès limité.

Le mouvement de la science ouverte apporte une solution à ces difficultés. En effet, le nombre de sites de documentation scientifique, de logiciels libres, de répertoires ou de revues en accès libre, d’archives ouvertes, de plateforme de blogs ou de dépôts institutionnels universitaires ne cesse de s’accroître sur le web scientifique.

Différents types de ressources et outils numériques pour l’éducation et la recherche

Il existe une multitude d’outils, de logiciels et de ressources numériques utilisés dans le cadre de la recherche scientifique et de l’éducation On peut les regrouper en plusieurs grandes catégories :

  • Les bases de données scientifiques et les revues scientifiques en libre accès
  • Les outils de travail collaboratif
  • Les logiciels libres

Les bases de données scientifiques et les revues scientifiques en libre accès

Dans cette catégorie, on retrouve les bases de données en lignes regroupant des milliers, voire des millions d’articles, de documents, de publications scientifiques. Les bases de données en libre accès représentent un moyen efficace permettant l’accès libre à la connaissance scientifique. Elles visent en général la diffusion libre, gratuite et accessible à tous des données quelles que soient leurs origines. Ces bases de données étant pour la plupart ouvertes.

On en retrouve dans toutes (ou presque toutes) les disciplines scientifiques existantes à ce jour ; que ce soit en sciences sociales, en ingénierie, en statistique ou en santé. Quelques-unes de ces bases de données vous seront présentées dans cet article.

Quant aux revues scientifiques en libre accès, elles regroupent plus spécifiquement les travaux de recherche et publications des chercheurs mis en ligne dans le but de les vulgariser. Il existe actuellement plus de 10 000 revues scientifiques en libre accès ; disponibles sur différentes plateformes et proposant pour la plupart un moteur de recherche permettant de retrouver un contenu scientifique spécifique.

  • BASE (Bielefeld Academic Search Engine)


BASE est un puissant moteur de recherche qui donne accès à une impressionnante documentation scientifique en libre accès. Il a été développé en Allemagne dans le cadre du projet Open Archives Initiative par l’Université de Bielefeld. Cette base de donnée en ligne se distingue par sa pluridisciplinarité qui fait qu’elle propose des documents dans plusieurs domaines scientifiques.
Elle permet à l’utilisateur de faire une recherche simple ou avancée. Les documents peuvent être recherchés à l’aide d’un titre, du nom de l’auteur, de l’année, de la période de publication ou encore d’une URL. On peut également rechercher des documents sous licence libre (Creative Commons ou Public Domain par exemple). Pour finir, un historique de recherche est disponible pour reprendre une ancienne recherche.

 
Site internet: Base-Search

  • Les données ouvertes de la Banque Mondiale

“Les données ouvertes de la Banque Mondiale” est une base de données gratuite et en libre accès de la Banque Mondiale. Elle regroupe un grand nombre de bases de données, de statistiques sur le développement dans le monde. Maintenues et régulièrement mises à jour par le Groupe de gestion des données sur le développement de la Banque Mondiale, ces données peuvent être redistribuées, partagées et modifiées à souhait.

Site internet:Les données ouvertes de la Banque Mondiale

  • Archipel

Nous terminons cette partie en présentant le dépôt institutionnel Archipel. Un dépôt institutionnel est un environnement de diffusion qui permet aux professeurs et chercheurs d’une université de rendre facilement et rapidement disponibles sur Internet leurs prépublications, publications, communications et autres types de documents.
Archipel a été mis en place en 2003 par Stevan Harnad, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sciences cognitives et spécialiste du mouvement pour l’accès libre. Le dépôt utilise le logiciel en code source libre EPrints; et permet aux professeurs et chercheurs de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) de déposer leurs publications. Il regroupe maintenant des centaines de travaux de recherches, de thèses, de mémoires en libres accès.

 
Site internet: Archipel

Les revues scientifiques en libre accès

  • Afriques

Afriques est une revue internationale d’histoire des mondes africains en libre accès, qui privilégie les époques antérieures au XXe siècle, en dialogue avec d’autres disciplines comme l’archéologie, la philologie, l’anthropologie, l’histoire de l’art ou la linguistique.
Éditée par l’Institut des Mondes Africains (IMAF), cette revue électronique propose une publication du texte intégral en libre accès. La version PDF de la publication peut être téléchargée si l’on est membre d’une des universités partenaires de la revue. Elle regroupe des articles écrits par des jeunes chercheurs et des spécialistes confirmés.

Site internet: Afriques

  • Directory of Open Access Journals (DOAJ)

Le DOAJ est un répertoire de publications et d’articles scientifiques en libre accès. Les champs d’études couverts sont multiples et diversifiés : technologie, sciences sociales, économie, droit, géographie, santé, etc… Les recherches d’articles ou de publications peuvent être effectuées en ajoutant des filtres de discipline, de licence, de langue, etc…
Lancé en 2003 à l’Université de Lund en Suède, le DOAJ accueille aujourd’hui une riche documentation en libre accès.

Site internet: Directory of Open Access Journals (DOAJ)

  • Vertigo

Nous terminons cette présentation avec Vertigo. Vertigo est une revue en libre accès offrant une approche interdisciplinaire des sciences de l’environnement. Créée en 2003, la revue publie régulièrement des publications et des articles sur les grands problèmes environnementaux contemporains de nos sociétés. Le texte intégral des articles est disponible sur le site. La version PDF des articles peut être téléchargées par les membres des universités partenaires de la revue.
Site internet : Vertigo

Les bases de données et revues présentées dans cet article ne sont pas les seules existantes !! Retrouvez une liste de revue en libre accès à l’adresse suivante : Liste de revues en accès libre.

Autres dépôts institutionnels libres que vous pouvez consulter :

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Interview

À la rencontre de Koné Safièta, jeune leader du libre accès.

Le mouvement de l’Open Science prône avant tout un accès aux connaissances et aux ressources éducatives sans distinction d’origine, de sexe ou de race. Toutefois, dans ce processus d’acquisition du savoir, certaines personnes éprouvent, pour une raison ou pour une autre, des difficultés à bénéficier des mêmes avantages que les autres.

Il y a alors des hommes et des femmes qui luttent et œuvrent pour la promotion du libre accès au savoir. Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de l’un de ces leaders du libre accès.

Suivez-nous donc tout au long de cet entretien.

Open Science Blog : Bonjour Safièta. Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre domaine d’activité à nos lecteurs ?

Safièta Koné : Bonjour. Moi c’est Madame Koné Safièta.
Je suis une assistante sociale ; je suis également étudiante en fin de cycle de licence en sociologie-anthropologie à l’Université Abdou Moumouni de Niamey au Niger.

Open Science Blog : Alors, dites-nous, comment les ressources du numérique vous aident dans votre travail ? Quels impacts elles ont sur votre productivité ?

Safièta Koné : Les ressources du numérique m’aident beaucoup à faire des travaux de recherche ; en l’occurrence pour des recherches documentaires, des présentations, partager des documents et pour des analyses de données. Et quant à l’efficacité sur ma productivité, elle n’est même plus à discuter, elle est très palpable. On gagne beaucoup en temps et en crédibilité.

Par exemple, en tant qu’étudiante, je n’ai pas forcément besoin qu’un professeur me fournisse le cours. Je fais mes recherches, je trouve le cours, je le lis et je partage le document avec les autres étudiants de ma classe ou de ma section.

J’ai dans ce cadre un groupe WhatsApp de plus de cent étudiants de ma classe et de mon département où nous partageons les ressources de travail. En même temps, je renforce mes capacités quant à la maîtrise de l’outil informatique.

Open Science Blog : Quels sont alors les contraintes et obstacles que vous rencontrez ainsi que les personnes de votre milieu dans le domaine de l’utilisation et l’accès au numérique et de ses ressources ?

Safièta Koné : En ce qui les contraintes et les obstacles rencontrés, ils sont le plus souvent d’ordre techniques ; puisque je suis moi-même limitée dans mes recherches avec l’utilisation de l’ordinateur et du smartphone. Je suis donc perpétuellement en train de me former. Mon avantage est d’être entouré de personnes, d’étudiants, de familles et d’amis qui m’aident.

Par exemple, dans ma classe, en fin de troisième année de sociologie-anthropologie, je ne sais pas combien d’étudiants possèdent un ordinateur. Peut-être moins de la moitié des étudiants de la classe a un téléphone portable avec lequel ils pourraient faire des recherches.

Toutefois, dans le groupe WhatsApp dont j’avais parlé, tout le monde a un smartphone ; mais, il n’y a pas de connexion internet ou Wi-Fi à l’université. La connexion dont on peut disposer est de très faible débit ; cela rend vraiment difficile notre travail.

Les étudiants doivent donc s’abonner pour pouvoir accéder à internet, ce qui n’est pas toujours évident ; parce que nous sommes dans milieu où la plupart des étudiants manquent des moyens de base. Vous comprenez donc que pour des personnes qui n’ont pas ces moyens de base, le numérique devient un grand luxe; alors que c’est une vraie nécessité pour tout étudiant. En plus de tout ça, nous avons aussi des professeurs qui sont dépassés par la technologie; qui continuent à donner les cours d’une manière traditionnelle.

Open Science Blog : Pensez-vous que le mouvement de l’Open Science peut apporter des solutions aux problèmes d’accès au numérique en particulier pour les femmes de votre pays ?

Safièta Koné : Alors, pour ma part, cela fait trois ans que je vis au Niger, que je considère donc comme mon pays. Je dirai donc que mouvement de la science ouverte est un meilleur moyen d’accès au numérique. La science ouverte n’est pas seulement limitée au domaine académique. J’ai par exemple bénéficié d’une formation dans le cadre de ce mouvement sur le logiciel Zotéro à Cotonou avec l’APSOHA. Cela m’a permis d’affiner mes connaissances. J’ai pu découvrir ce logiciel qui est en accès libre et qui permet de faire des recherches, de constituer une bibliographie automatique ; une merveille !!

Donc être fille ou femme au Niger n’est pas chose aisée du tout, parce que nous sommes dans un milieu d’homme ; il faut donc se battre doublement. Mais, il y a des battantes, des curieuses, des audacieuses, des personnes motivées, qui, lentement mais sûrement font bouger les lignes.

Je vais dans ce cadre former très bientôt des filles, des femmes et même des garçons de mon groupe WhatsApp en WordPress et en Zotéro, et ces derniers vont relayer la formation à leur niveau. La gent féminine de mon groupe sera sûrement boostée pour renforcer ses capacités dans le domaine du numérique; avec ordinateur, téléphone ou sans. On ne demande pas vraiment de grands moyens pour ça, car on dit que là où il y a une volonté; il y a toujours une voie.

Open Science Blog  : Quelles actions pourraient-être menées pour améliorer l’accès et l’utilisation du numérique dans votre milieu ?

Safièta Koné : Comme actions qui pourraient être menées, moi je propose toujours les formations gratuites dans le domaine du numérique aux étudiants. Il faudrait aussi encourager les étudiants à partager leurs connaissances. Ne jamais se décourager ; parce qu’au Niger par exemple les gens ne partagent pas souvent leurs connaissances. Ils les gardent jalousement, du coup, ça ne fait pas avancer les choses.

En effet, plus on partage, plus on reçoit en retour et plus on se perfectionne et plus on a confiance en soi. Je pense donc vraiment que les formations gratuites et le partage d’informations pourraient vraiment être le moyen d’apporter un coup de pouce à la situation.

Open Science Blog  : Merci Safièta pour votre disponibilité.

Safièta Koné : C’est moi qui vous remercie.

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Open science

OpenCon 2017 Parakou: Première journée OpenCon au Bénin

Libre accès, logiciels libres et gratuits, travail collaboratif, voilà autant de concepts clés du mouvement de l’Open Science. C’est dans le but de faire connaître ces notions que l’OpenCon a vu le jour. C’est d’abord une série de conférences organisées chaque année par la Right to Research Coalition, SPARC et un comité d’organisation composé d’étudiants, de jeunes professionnels et de chercheurs de plusieurs pays du monde.

L’OpenCon, c’est aussi une grande communauté d’étudiants, de chercheurs, de professionnels de tous les domaines; œuvrant activement pour la science ouverte et le libre accès.

Initiative de l’OpenCon 2017 Parakou

L’idée de la tenue d’un événement OpenCon est partie d’un constat fait par les membres du Club Science Ouverte de Parakou au Bénin. En effet, ils ont remarqué que presque tous les événements sur l’Open Science et le libre accès avaient lieu à Cotonou ou à Porto-Novo. Alors, dans l’optique de faire connaître leurs idées, le mouvement pour lequel ils militent, ils ont initié cette journée.

L’événement était à la base une Journée du libre accès et du logiciel libre, puis est finalement devenue l’OpenCon 2017 Parakou. Il a eu lieu ce Samedi 16 Septembre 2017 dans les locaux de l’Ecole Nationale de Statistique, de Planification et de Démographie (ENSPD) à l’Université de Parakou.
 

Activités menées lors de l’OpenCon 2017 Parakou

Durant cette journée, les différentes notions de science ouverte, libre accès, logiciels libre ont été clarifiées aux participants. Un projet de conception d’un progiciel en open source pour la  gestion des scolarités au Bénin a également été présenté. Les participants ont pu apporter des témoignages sur le sujet et faire quelques propositions pour sa réussite. Pour finir, un workshop sur la contribution collaborative a la création d’une page Wikipédia a eu lieu.

Retrouvez un résumé des activités menées lors de cette journée sur: Rapport des activités OpenCon 2017 Parakpou.
 

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Interview

Interview avec Mr Judicael Alladatin

Le mouvement de science ouverte vu par Judicael Alladatin

Aujourd’hui, l’Open Science Blog à le grand honneur de recevoir Judicaël Alladatin autour d’un sujet passionnant qu’est la science ouverte. Suivez nous tout au long de cette enrichissante entrevue.

Open Science Blog :  Bonjour monsieur Judicaël. Merci d’accepter de faire cette interview pour l’Open Science Blog. L’Open Science Blog est une plateforme qui a été créée pour faire la promotion de la science ouverte -vue comme une alternative au développement local durable- à travers ses différents outils.

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter brièvement aux lecteurs de l’Open Science Blog ?

Judicaël: On m’appelle Judicaël Alladatin, je suis agro-économiste et socio-démographe. Aussi, je fais partie d’un mouvement de promotion de la science ouverte, et je suis enseignant-chercheur à l’Université de Parakou, à l’Ecole Nationale de la Statistique, de la Planification et de la Démographie.

Open Science Blog: Monsieur Judicaël, quelle est votre définition de la science ouverte?

Judicaël: La science ouverte est, par opposition à une science fermée, une peu comme son nom l’indique, ouverte, mais pas seulement. Il y a plusieurs caractéristiques qui permettent de reconnaître une science qui est effectivement ouverte.

D’abord, il s’agit d’une science qui permet de développer le plein potentiel des étudiants et des chercheurs, mais aussi, de faire contribuer à l’avancée de la science, des personnes qui ne sont pas traditionnellement reconnus comme étant du monde de la recherche. Il s’agit par exemple des paysans, qui ont des savoir-faire qu’on appelle des savoirs locaux. Et donc, dans une science ouverte, on ouvre les vannes vers ce genre de personne là afin qu’elles puissent aussi contribuer à l’avancée des connaissances.

La science ouverte, c’est aussi une science qui est partagée, qui n’est pas fermée à des individus, une science dans laquelle on n’a pas on n’a pas besoin d’être obligatoirement dans certains réseaux pour travailler. Donc, cette science, on la partage ; ce qui induit une certaine nécessité de l’internet pour pouvoir la divulguer à travers le monde, à travers toutes les couches. C’est aussi une science qui s’intéresse beaucoup plus aux problématiques qui sont rencontrées dans la zone où elles se développent.

Et donc, ce n’est pas des problématiques venues d’ailleurs ou qui sont inventées qu’on traite dans cette science-là. C’est en définitive une science qui permet réellement de répondre aux besoins de développement local dans le milieu où le chercheur ou la personne qui fait des travaux pour cette science se trouve.

Open Science Blog: Alors, comment est-ce que vous êtes arrivés à vous intéresser à ce concept de science ouverte ? Qu’est ce qui a été à la base de votre motivation ?

Judicaël: Ma motivation est en fait reliée à plusieurs choses. La première, c’est que j’ai beaucoup travaillé en agro-économie, il y a eu des résultats de recherche, et j’ai fait deux constats.

Le premier c’est qu’on va parfois sur le terrain pour faire certains travaux, et on constate malheureusement qu’il n’y a pas une forte désirabilité sociale. Ce qui signifie simplement que ce travail de recherche ne rencontre en réalité pas les problèmes qu’ont les individus dans le milieu dans lequel il a été effectué, mais que c’est plutôt suite à un financement ou suite à un intérêt particulier que cette recherche est faite.

Le second constat est que des recherches ont été effectuées, mais dont les résultats n’ont jamais servi à résoudre les problématiques par rapport auxquelles elles ont été effectuées.

Ces deux constats me mettent un peu mal alaise, car de cette manière, rien n’évoluera jamais ! Donc, résultats des recherches non appliqués, travaux de recherche non fondés sur les besoins de la population.

L’autre chose à la base de ma motivation est que j’ai fait le constat que dans d’autres pays, dans les pays sous-développés, on enseigne dans les cours l’utilisation de plusieurs logiciels, mais ces logiciels sont en majorité payants, logiciels que les étudiants ou même les écoles ou universités ne peuvent souvent pas s’acheter. Et on se contente donc de versions obsolètes qui ne sont pas actualisées, ce qui cause effectivement un problème. Alors que dans le même temps, il y a des logiciels libres, qui sont des outils de la science ouverte et qu’in aurait pu enseigner de façon parallèle et permettre que pour la réalisation d’une même tâche, si on ne dispose pas d’un logiciel payant, on puisse aller vers le logiciel libre correspondant.

Ça fait donc plusieurs constats qui ont été vraiment à la base de mon intérêt pour la science ouverte. J’ai donc essayé de m’y intéresser de plus près, d’abord au projet SOHA, dont l’un des objectifs était de faire des formations sur les logiciels libres. J’ai donc intégré ce réseau, et je suis devenu plus tard co-chercheur du projet SOHA.

Open Science Blog: En parlant de recherches effectuées, mais dont les résultats ne sont pas utilisés pour résoudre des problématiques, est ce qu’il y a de ces exemples dans notre pays ?

Judicaël:Oui, absolument. Entre 2008 et 2009, j’ai participé à un projet au niveau de l’INRAB, l’Institut National de Recherche Agricole du Bénin, où ensemble avec un autre chercheur, des méthodes ont été établies afin de transformer les fruits de l’anacarde en alcool ; de l’alcool à usage médical et de l’alcool de consommation. La démarche de production a été mise en place, on est allé jusqu’à faire des tests à la DANA. Le projet a été certifié et on a fait des tests économiques pour voir ce que cela pouvait rapporter à la filière cajou.

Mais, jusqu’à ce jour, dans nos champs, les fruits de l’anacarde sont jetés, et n’ont aucune valeur, alors qu’ils pourraient être valorisés. C’est vraiment un exemple palpable de ce type de recherche là. Et même, dans mes souvenirs, lorsqu’on menait cette recherche, les producteurs étaient très intéressés. Ils ont même mis à notre disposition, dans la zone de Kokoro et de Ouèssè un espace, afin de pouvoir installer une unité de production, puisqu’ils pourraient ainsi vendre les fruits qu’ils jetaient d’habitude. Ce projet n’a jamais eu de suite.

Open Science Blog: Nous constatons que pour les pays en voie de développement comme le nôtre, il y a déjà des universitaires, des chercheurs qui mettent leurs compétences et connaissances au service du bien-être de la population. A votre avis, comment la science ouverte peut-elle réellement aider au développement durable de ces pays-là ?

Judicaël: Ce qui est central, c’est de premièrement transformer les universités ; il y a un besoin de réinvention totale de nos universités, car c’est la manière dont fonctionne nos universités qui est à la base du fait que les résultats des recherches ne sont pas exploités et du fait que les projets de recherche ne sont souvent pas arrimés aux besoins des populations. Pour résoudre ce problème, il faut de réinventer l’université à travers plusieurs actions.

Premièrement, il est important de démystifier l’université, car l’université est vue dans notre pays comme un univers inatteignable. C’est dans ce souci que d’ailleurs que le nom en langue Fon-gbé de l’université a été emprunté pour dénommer la boutique des sciences du Bénin : on l’a donc appelé ‘’Alavotodji’’. En effet, quand l’université est appelée dans cette langue ‘’Kplon Idji Alavↄ’’, cela pousse à croire que seules les personnes qui ont fait de longues étude qui ont accès à cette institution.

Mais, la science ouverte dit non à cette conception, elle considère l’université comme appartenant à tout le peuple. La démystification de l’université doit permettre de l’ouvrir à tout le monde, d’en faire un lieu où on partage la connaissance, où on discute de développement, plutôt qu’un lieu où on distribue tout simplement des diplômes.

Seconde chose, c’est qu’il faut qu’on installe des dispositifs qui permettent aux universités d’être directement inter reliés avec la population locale. Un des dispositifs possibles est, comme je l’ai dit tantôt, la boutique des sciences. C’est un dispositif qui permet d’interconnecter la population locale, les étudiants et les universités, tout cela, autour des problématiques du développement local.

Ce qu’on peut aussi faire, c’est la promotion, l’empowerment des étudiants; c’est eux qui vont plus réaliser des travaux qui concernent le développement local. Il faut déjà leur démontrer qu’ils en sont capables, car on est encore dans un système où l’étudiant est considéré comme ignorant à qui on enseigne tout. Il faut donc changer cette donne là et donner toutes les capacités à l’étudiant, afin qu’il soit à même d’inventer, d’être en relation avec le milieu local.

De plus, il faut également s’assurer que les travaux réalisés dans les universités soient arrimés avec les politiques au niveau national. C’est de cette manière qu’on s’assure que les résultats de recherche vont être exploités.

Dernière chose, c’est qu’il faut vraiment faire la promotion de la recherche-action participative. C’est une recherche dans laquelle, en même temps qu’on essaie de comprendre un phénomène, on met en place un dispositif pour régler le problème concerné. Il faut évidemment pour cela que les pouvoirs publics prennent quand même conscience de l’importance de la recherche pour le développement; cela afin d’apporter plus de moyens, plus de compétences, de ressources humaines aux projets.

Je prends l’exemple d’un certain nombre de laboratoires de recherche à l’Université d’Abomey-Calavi qui ne sont pas dotés de personnel, de ressources humaines en dehors des enseignants. Cela bloque un peu la capacité d’agir de ces unités de recherche là.

Open Science Blog: Alors, quand vous parlez de réinventer les universités, de les démystifier, cela restera le commun des phrases abstraites. Dans notre contexte, à l’Université de Parakou, quelles sont les actions concrètes que vous proposez dans le but de démystifier l’université ?

Judicaël: Je commence par donner l’exemple des colloques qui sont très souvent organisés sur des sujets comme la recherche sur le développement local où sont invités des enseignants, des chercheurs, des travailleurs d’institutions de recherche internationales.

Ces colloques sont vraiment une bonne manière de mystifier encore plus l’université. A ces genres de colloque, on doit retrouver les paysans qui font de la recherche tous les jours ; il faut donc intégrer ces acteurs dans les cercles de discussion, afin qu’ils partagent leurs expériences. C’est en les invitant à ce genre d’événement que ces acteurs pourront s’adresser directement à l’université s’ils ont plus tard des problématiques !

L’autre moyen de démystification des universités, c’est véritablement les boutiques des sciences dont la mise en place permet aux populations de poser leurs problèmes de développement à l’université. Et dès qu’un enseignant accepter d’intégrer ces problématiques dans ses priorités d’enseignement et de recherche, le lien se fait directement entre la population et le milieu universitaire.

Une autre action, réalisée dans certaines universités, est de créer des ‘’classes du soir’’ où les personnes ne remplissant pas les critères académiques pour intégrer l’université peuvent venir se faire former dans certains domaines, comme par exemple la gestion d’une entreprise privée.

A travers ces enseignements qui sont ouverts au public, on montre que l’université n’est pas un cercle qui est seulement réservé à des personnes ayant au moins le baccalauréat.

Open Science Blog: Pour finir, quel appel pouvez-vous lancer à la jeune génération de chercheurs et d’étudiants qui s’intéressent à la science ouverte comme moyen de développement local ?

Judicaël: S’il y a un appel que je peux les lancer, c’est de ne pas avoir peur de rentrer dans les réseaux, de demander à devenir membre de ces réseaux comme l’APSOHA . Nos jeunes doivent également participer aux activités, s’informer sur la science ouverte, mais aussi et surtout, prendre des initiatives. C’est cet appel que je peux lancer à cette jeune génération, qui a parfois tendance à attendre qu’on lui recommande telle ou telle action. Il faut inventer, prendre des initiatives.

Open Science Blog: Merci beaucoup Mr Judicaël pour le temps accordé et pour toutes ces informations.

Judicaël: C’est moi qui vous remercie.

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Les boutiques des sciences

Les boutiques des sciences, outils de justice cognitive au service du développement durable

  1. Origines

Les relations qui existent entre sciences et sociétés ont depuis toujours été soumis à des obstacles dont le plus important est le rejet pur et simple que la science entretient vis à vis des savoirs non scientifiques. L’une des raisons principales de ces obstacles est que le besoin croissant de démocratie participative des citoyens est maintenu à l’écart de la recherche institutionnelle.

Dans ce contexte, il devient alors important d’émettre des interrogations sur non seulement les relations entre les sciences mais aussi sur les relations qu’entretiennent ces sciences avec les savoirs locaux (profanes) et la société civile. C’est là qu’intervient le concept de boutique des sciences.

L’université, carrefour de la recherche, de l’enseignement et de la diffusion des savoirs apparaît alors comme le cadre parfait pour essayer de combler ce gouffre entre science et savoirs locaux.

En effet, c’est dans une université hollandaise qu’en 1970, la première boutique des sciences, -qui est à la base une tentative de rapprochement entre sciences et université- voit le jour. Cette première boutique des sciences fut inventée par des étudiants en biologie pour rendre service à une association d’habitants inquiets de la qualité de leur eau.

    2. Définition et principe de fonctionnement de la boutique des sciences

Alors, qu’est-ce qu’une boutique des sciences ? Que vise t-elle ? Quels sont ses avantages ?

Une boutique des sciences est avant tout un dispositif qui permet à des structures à but non lucratif (associations, conseils de quartier, groupements de parents d’élèves…) de bénéficier de l’expertise d’une équipe scientifique (des étudiants encadrés par des chercheurs) pour répondre à une question pouvant avoir un intérêt général.

Le principe de fonctionnement de ce dispositif est le suivant :

  • Dans le cadre de leur formation et sous la supervision de leur enseignant, les étudiants et étudiantes réalisent un projet (analyse, synthèse, enquête, projet pratique, etc.,) qui répond à la demande d’un organisme à but non lucratif de la région.
  • Comme le projet devient une activité pédagogique, les étudiants et étudiantes sont payés en «crédits d’études», ce qui permet au projet de se faire gratuitement pour l’organisme demandeur.
  • Les enseignants y découvrent une nouvelle approche de pédagogie active, car leurs étudiants mettent en œuvre leurs nouvelles compétences pour aider une association à mieux réaliser sa mission.
  • Le travail réalisé est déposé en libre accès sur Internet afin de servir à d’autres organismes similaires.
    Ce fonctionnement peut être synthétisé comme suit :

    3. Avantages d’une boutique des sciences

Quels sont alors les avantages de cet outil ? On en distingue plusieurs au nombres desquelles on peut énumérer les suivantes :

  • La boutique des sciences met les compétences et connaissances disponibles dans une université au service des projets et des besoins des organismes à but non lucratif qui n’ont pas d’autres ressources, mais qui ont des savoirs sur ce qui pourrait être fait
  • Elle valorise une pédagogie axée sur l’action et la collaboration « hors les murs »
  • Elle valorise également la capacité des étudiants et étudiantes à réaliser des projets concrets au service de la communauté, ce qui contribue à leur formation citoyenne
  • Une boutique des sciences appuie l’empowerment des associations locales et valorise leur action et leurs savoirs
  • Elle intègre les savoirs des non-scientifiques dans la production de connaissances locales favorisant ainsi la justice cognitive
  • Elle développe la responsabilité sociale de l’université pour viser l’éducation à la citoyenneté
  • Les étudiantes et étudiants développent des compétences professionnalisantes (répondre à une demande externe) et découvrent des milieux de travail ou d’engagement citoyen
  • Des associations trouvent un appui inespéré à leur mission
  • Des enseignants renouvellent leur méthode pédagogique

Une boutique des sciences est donc un outil de justice cognitive et de développement local durable. Le Bénin dispose depuis 2016 de sa propre boutique des sciences basée à l’Université d’Abomey Calavi.
Boutique des sciences du Bénin

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La science ouverte, qu’est-ce que c’est?

La science ouverte, un nouveau concept , un nouveau mouvement

  1. Historique

Avant le 17ème siècle, la science était en général qualifiée de “secrète”. La circulation de nouvelles scientifiques était limitée à un cercle restreint de connaissances. De plus, les chercheurs cryptaient souvent les résultats de leur recherche afin d’éviter leur publication.

Toutefois, un changement va s’opérer vers le milieu du 17ème siècle avec la venue de nouveaux modèles de financement des recherches scientifiques. C’est à cette période que naissent les premières académies : la Royal Society en 1660, l’Académie des sciences en 1666 ; on compte alors plus de 70 institutions similaires dans toute l’Europe en 1793. L’apparition des académies entraîne celle des revues scientifiques et en compte plus d’un millier en 1790.

  1. La science ouverte, qu’est-ce que c’est ?

On désigne par science ouverte un ensemble de pratiques fondées sur le recours à internet, aux outils de travail collaboratif (Wikipédia, Wikiversité, Wikispecies) et du web social. Ces outils peuvent être utilisés dans la formulation d’hypothèses et de questions scientifiques et la diffusion/vulgarisation des recherches.

Cette science ouverte se caractérise par plusieurs aspects :

  • C’est une science qui s’ouvre aux savoirs non scientifiques (traditionnels, locaux, politiques, quotidiens, etc.) et qui les intègre au lieu de les mépriser ou de les ignorer : archivage des savoirs locaux, recherche-action participative, études sociales des sciences, rapports science-société, responsabilité sociale des universités, débat public sur les sciences, épistémologie sociale et politique, etc.
  • Elle s’ouvre à la contribution des non-scientifiques à la recherche, que ce soit dans la collecte des données ou la définition du projet de recherche, par souci du bien commun : science citoyenne, recherche-action participative, boutique de sciences, information volontaire, digital citizen science, fablabs, living labs, biohack labs, etc.
  • Une science qui donne universellement accès à ses textes et à ses données de recherche, dans tous les pays du monde et sans barrière financière, et qui va même jusqu’à favoriser leur réutilisation au service du bien commun : Libre accès, revue en accès libre, dépôt institutionnel, plateforme numérique, partage et réutilisation des données de recherche, big data, évaluation ouverte, publication scientifique, bibliothèque numérique, etc.
  • La science ouverte rejette la tour d’ivoire et la séparation entre les chercheurs, les chercheuses et le reste de la population du pays : critique du cadre normatif dominant de la science, politique scientifique, finalité de la recherche scientifique, économie du savoir, métiers de la recherche, financement de la recherche, etc.
  • Elle qui vise la justice cognitive et le respect de tous les savoirs humains, qu’ils viennent des pays du Sud ou des pays du Nord : études culturelles, études postcoloniales, exode des cerveaux, universités des pays du Sud, théories de la reconnaissance, théories du pouvoir, mondialisation, etc.

Enfin, la science ouverte est un bien commun : théorie des biens communs, éthique, citoyenneté, société civile, éducation, etc.

  1. Avantages et intérêts
  • La science ouverte favorise le travail collaboratif, participatif et massivement distribué.
  • Elle facilite et encourage la transparence, la traçabilité (l’obligation de citer la source fait partie de la plupart des licences utilisées en sciences ouvertes et c’est l’un des gages de confiance). Elle permet donc une vérification plus rapide et potentiellement plus large par les pairs.
  • De nombreuses disciplines peuvent bénéficier d’outils collaboratifs et ouverts (dont de nombreux logiciels libres), et en retour les améliorer ou les compléter. Souvent une discipline isolée peut aussi profiter d’outils et de connaissances mis à disposition par d’autres disciplines.
  • Les étudiants peuvent rendre accessibles à peu de frais les textes requis pour leur programme d’études (devoirs, mémoires, rapports, essais, thèses…).
  • Les outils de la science ouverte pourraient favoriser l’intégration des savoirs autochtones et locaux ou de certaines minorités (à condition que ces populations aient accès à ces outils).
  • La science ouverte peut bouleverser les exercices de construction d’hypothèses (en les discutant dans un cercle plus large, en bénéficiant de plus de retours d’expérience).  Elle influence également les processus d’évaluation de la recherche.

Le mouvement de l’Open est donc un moyen efficace pour remédier aux différents problèmes et difficultés avec la science dans son cadre normatif.